L’illusion dangereuse de l’égalité devant l’épidémie (The dangerous illusion that we are all equal before the pandemic)

May 4, 2020

NOMIS Awardee Didier Fassin shares his insights on inequality in the coronavirus pandemic in “L’illusion dangereuse de l’égalité devant l’épidémie” (“The dangerous illusion that we are all equal before the pandemic”). (French-language article below; English translation as pdf.)

Didier Fassin est professeur à l’Institute for Advanced Study de Princeton et directeur d’études à l’EHESS. Il a été invité à occuper en 2019-2020 la chaire Santé publique du Collège de France, créée en partenariat avec Santé publique France, dont la leçon inaugurale L’inégalité des vies s’est tenue le 16 janvier dernier. Ses cours au Collège de France sont reportés à l’année académique 2020-2021.

L’idée commune selon laquelle le coronavirus nous affecte toutes et tous sans faire de différences, hommes et femmes, jeunes et vieux, urbains et ruraux, cadres et ouvriers, riches et pauvres, est certainement utile pour susciter l’adhésion de l’ensemble de la société aux nécessaires mesures de prévention, et l’on peut comprendre, jusqu’à un certain point, que les responsables politiques l’expriment. Mais elle est profondément fausse, et c’est même une illusion dangereuse, car elle mène à la cécité et à l’inertie là où la lucidité et l’action devraient prévaloir. L’invoquer peut donc sembler de bonne tactique, mais c’est une mauvaise stratégie.

Que les épidémies frappent de façon inégale les membres des sociétés où elles sévissent est d’ailleurs un fait bien connu. Les historiens l’ont montré pour le choléra de 1830 en Europe, les épidémiologistes l’ont établi pour la grippe espagnole en 1918 à Chicago et pour le sida au début des années 2000 en Afrique du Sud, et je l’avais constaté à propos de la rougeole et de la variole en étudiant des registres paroissiaux du dix-neuvième siècle en Équateur. S’agissant du Covid-19, peu de pays ont, jusqu’à présent, fourni des données.

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